Que l’on soit piéton ou automobiliste, il n’est pas rare de pester sur quelqu’un d’autre pour son mauvais comportement dans la vie urbaine. Une voiture qui s’engage dans un carrefour
bouché, un piéton qui attend le feu vert pour traverser, un vélo cycliste remontant une file de voiture pour se placer juste devant la votre, bref autant de situations qui peuvent parfois nous
mettre hors de nous.
Mais sommes-nous nous même exempt de tout reproche ?
Quel comportement adoptons-nous dans les mêmes situations ?
Pour obtenir un début de réponse, il suffit de se placer à la terrasse d’un café Place de la Bastille par exemple, et d’observer
pendant une demi-heure les usagers du trottoir et de la route.
Après quelques minutes, un concert de klaxons entonne sa mélodieuse symphonie derrière un livreur bloquant une rue. L’air désolé du
conducteur indélicat haussant à peine les épaules devant ses poursuivants n’a d’égal que son « désolé, je bosse moi » oubliant bien évidemment que derrière lui, nombreux sont ceux qui
se rendent au travail pour peut-être le faire travailler…
Mais sait-on réellement pourquoi ce camion bloque une rue entière ?
Très certainement parce qu’un véhicule stationne depuis la veille sur l’emplacement livraison. Sait-on pourquoi le véhicule
particulier est garé sur l’emplacement livraison ? Sans doute parce que l’emplacement de parking privé où il devait séjourner était occupé par celui d’un voisin pensant qu’il serait
absent…
Finalement, ne serait-ce pas la faute du voisin ? Puis, on se souvient que la veille nous nous sommes garé à cheval sur deux
emplacements de parking privé, trop fatigué pour refaire son créneau pensant que nous sommes le seul à bosser tard !
Revenu à la terrasse de notre brasserie, notre attention s’attarde sur le flot de passants slalomant entre les voitures arrêtées sur
les passages protégés. Le feu passe au vert, la voix est libre, mais que le flux des piétons à la poursuite de leur bus ne désemplit pas. Vais-je l’avoir ?
Excédé, un véhicule passe et est suivit par un second véhicule à l’orange. Le bus qui démarre bloque les deux véhicules et nous voilà
repartis dans un slalom dangereux. Pourquoi le bus s’arrête-t-il ? Pour faire entrer un retardataire…je suis en retard !
Voilà un cycliste qui ne démérite pas ! Une piste cyclable semée d’embûches l’oblige à faire des vas et viens sur le trottoir.
Attention aux piétons, il perd du temps. Le feu est rouge, mais sans doute uniquement pour les voitures. Ce n’est pas grave, il passe par le passage protégé. Il attache ensuite sa monture à un
poteau au milieu d’un trottoir étroit, ne laissant que peu d’espace aux piétons toujours plus pressés.
Il m’a fallu 30 minutes pour observer une centaine d’incivilités dont je pourrais être l’auteur. 1800 secondes pour me rendre compte
qu’à un moment de ma vie, je m’étais retrouvé dans l’une de ces situations. Rien de grave, mais décuplé par le nombre cela devient n’importe quoi. Pourtant, il suffirait d’un rien pour mieux
vivre ensemble. Traverser dans les clous, ne pas s’engager même au vert dans un carrefour bouché, ne pas s’inventer piéton lors que l’on chevauche un deux roues…
La vie urbaine est-elle devenue une jungle où la loi du plus fort récompense les plus individualistes ?
Difficile de jouer les troubles fête lorsqu’en respectant ces règles élémentaires tout le monde vous klaxonne.